Fabuleux groupe d’indie pop old school, dans la veine des Shop Assistants et des Primitives. 


INDIETRACKS 2012

INDIETRACKS 2012



C’est la troisième année consécutive que je me rends à INDIETRACKS (Derbyshire, Angleterre), et j’ai d’ores et déjà la certitude que la programmation de l’an prochain sera du même niveau ! Mais avant de vous parler de l’incroyable édition de cette année, j’aimerais d’abord évoquer le festival en lui-même.

À bien des égards INDIETRACKS est un anti-festival. En effet, on n’y trouve aucun service d’ordre, pas la moindre affiche publicitaire, aucun sponsoring, pas d’écrans géants, pas de groupes qu’on retrouve dans tous les festoches européens par la faute de programmateurs sans goût et,  surtout, dépourvus d’indépendance vis à vis des tourneurs ou simplement tributaires des modes de l’instant. Si on ne voit rien de tout ça à INDIETRACKS c’est que ce festival anglais est organisé par de véritables passionnés, et qu’il se finance intégralement lui-même, sur les entrées, le merch et la bière (et comme les anglais boivent vraiment énormément c’est efficace). Ces éléments en font un des rares festivals de pop véritablement « indépendant » à tous points de vue. On trouve certes d’excellents « popfests » à Berlin, Londres, New York, Madrid et même Limoges mais INDIETRACKS reste la Mecque de tous les fans d’« indie pop » par l’ampleur ahurissante de son line-up, qui comporte toujours quelques valeurs sûres et « grosses » têtes d’affiche (Teenage Fanclub, Wedding Present, Edwin Collins, The Primitives, Jeffrey Lewis, Crystal Stilts, Art Brut sont déjà venus)  autant qu’il invite à découvrir une myriade de nouveaux venus.

Par ailleurs, l’emplacement du festival est en soi remarquable puisqu’il se situe en pleine campagne anglaise, non loin de la forêt de Sherwood (vers Nottingham), sur le site d’un musée du rail. On accède d’ailleurs au lieu des concerts en empruntant un train à vapeur assurant la navette, ce qui est très cool.

Autre particularité: le nombre de festivaliers ne doit guère excéder les 2000 personnes, dimension idéale au-delà de laquelle voir des concerts n’a plus de sens ni de saveur. Ce festival à taille humaine n’a donc rien à voir avec les usines à gaz que sont devenus la plupart des festivals d’Europe. Personnellement je ne peux plus supporter ces concerts de masse à la programmation complètement incohérente, où le meilleur et surtout le pire se côtoient, et ce dans les conditions les plus pourries.

Avant de parler des groupes et des concerts il faut aussi planter le décor. Le site du festival comprend quatre scènes. La première scène « Indoor Stage », est un ancien hangar à trains où se trouve également le gigantesque bar. Il y aussi l’« Outdoor Stage », scène extérieure, et « The Church », une ancienne église en bois aux places très limitées (une centaine de personnes) mais dont la confidentialité augmente également la qualité d’écoute. Enfin, il y a encore la possibilité de voir des artistes jouer en acoustique dans des trains en marche… Lors du festival, il sera impossible de voir tous les groupes, dans la mesure où deux concerts peuvent se chevaucher. Mais les programmateurs sont assez astucieux pour permettre à chacun de faire son propre programme sans presque jamais louper les têtes d’affiches. Comme les années précédentes, le festival se déroule sur un week-end, du vendredi soir au dimanche soir.

Mais venons-en au plus important : les concerts. Le vendredi, les premiers shows ne démarrent qu’à 19 heures avec 3 groupes, à l’intérieur du hangar. Les Américains The Smittens ont ouvert le festival. Pour tout dire, n’ayant pas été très emballé par ce que j’avais écouté d’eux, je ne m’attendais pas à grand-chose. Pourtant leur set s’est avéré plutôt sympathique et la voix (très grave) du chanteur agréable. Et ils ont paru s’amuser sur scène, ce qui est déjà pas mal. Ont ensuite joué les Gallois de The School qui ont semblé ravir l’auditoire avec leur pop inspirée des sixties. Bien que trop lisse et sage à mon goût, leur musique reste toutefois honnête.

Ce sera au tour de Darren Hayman, ancien leader des mythiques Hefner, de monter sur scène, accompagné de ses excellents “Secondary Modern” comprenant un batteur, un bassiste, un deuxième guitariste, un violoniste et une joueuse d’harmonium. Ce sera l’un des meilleurs moment d’Indietracks. Dès les premières mesures, on peut sentir que nous sommes en présence d’un vrai songwriter, doué à la fois de sensibilité et d’humour. On pense beaucoup à Jonathan Richman et les interventions pertinentes du violoniste  rappellent le John Cale de la période Velvet Underground. Les musiciens sont vraiment dans le concert et l’exécution des morceaux restera très intense, de la première à la…quatorzième chanson ! On notera particulièrement dans le set la reprise très réussie du standard “I started a joke” des Bee Gees et, bien évidemment, les hits de Hefner comme “Hymn for the postal service” ou “Painting and Kissing”. Bon, un seul regret: l’absence du tube “Hymn for the Cigarettes”, mais franchement on pouvait malgré ça être vraiment heureux de ce concert, en tout point réussi.

 


Les deux jours suivant, il est devenu très compliqué de ne pas faire certains sacrifices car on ne peut pas être sur les quatre scènes à la fois.

Nous (ma copine et moi) avons commencé la journée de samedi par le set acoustique de Markie plays girl pop!, dans un train à vapeur en marche ! Il s’agissait de Markie des merveilleux Paralellograms (formation punky-pop de Sheffield), guitariste-chanteur qui officie également dans les très allumés Velodrome 2000.  Son set se constitue exclusivement de reprises d’artistes féminins, accompagné de Vinnie des Sweet Nothings (autre très bon groupe de Sheffield mené par le très talentueux Pete Green).  Mark enchaîne les tubes d’artistes ceux comme The Shirelles (“Will you still love me tommorow?”) ou Madonna (“Like a Virgin”) et fait marrer l’assistance avec moult blagues… c’était bien la meilleure manière de débuter ce festival.

Nous avons ensuite pu découvrir dans l’Eglise The Silver Factory, un groupe plutôt pas mal délivrant une pop jangly à tambourin très classique, inspirée des Byrds. On pense aussi à R.E.M. Vraiment agréable. Nous nous sommes payé le luxe de louper Tender Trap que nous avons eu la chance de voir le week-end suivant lors de l’excellente édition du Limoges Popfest organisé par la bande d’Anorak Records.

Nous avons attendu avec impatience de voir notre premier concert sur la scène extérieure, dont la programmation a été entièrement assurée par Mike Schulman, patron du fabuleux label Slumberland Records dont le catalogue contient quelques-uns de mes groupes préférés. On a vu les Suédoises de Lichtenstein commencer à jouer alors que les festivaliers se prenaient les premières averses et déployaient les parapluies. Autant le groupe est bon sur disque et vraiment recommandable, autant la grande scène extérieure ne se prêtait pas à ce type de musique très intimiste et minimaliste. Le son n’est pas terrible et les conditions inappropriées, rendant leur set terne est peu convaincant. On aurait préféré les voir dans l’église, qui semblait bien plus adaptée. À charge de revanche. Je conseille malgré tout d’écouter leurs disques : ce quatuor de filles a enregistré de très bonnes chansons.

 

Nous retournons à l’Eglise pour voir les Joanna Gruesome, dont le goût pour le bruit nous avait attiré. Le groupe, très jeune, compte une jolie chanteuse aux cheveux bleus (aussi membre d’Evans the Death), un guitariste-chanteur amoureux de la fuzz portant, sûrement par provocation, un t-shirt de Slayer, un batteur à cheveux longs et au look de viking qu’on croirait réchappé de Pantera, ainsi qu’un bassiste monté sur ressorts. Amplis poussés à burne, ils envoient une déferlante de riffs bruitistes dans la lignée de Dinosaur Junior, recourant à une disto de guitare agressive à souhait. La combinaison des voix fille-garçon un peu “dreamy” rappelle bien sûr My Bloody Valentine et parfois Yo La Tengo. On prend allégrement notre dose de bruit. Les musiciens se jettent partout et sont à fond. Performance réussie pour le quatuor de Cardiff.

Nous sortons à toutes jambes de l’église pour retrouver la scène extérieure où jouent déjà les  Jasmine Minks, ancienne gloire de Creation Records. Ils ont l’air plutôt émoussés mais contents de jouer. Il faut admettre qu’ils sont un peu mous et peu convaincants. Malgré tout, ils réussissent à faire bien sonner leurs vieux hits comme le mythique “Cold Heart”, véritable hymne indie pop; malheureusement des problèmes techniques empêchent le guitariste lead d’exécuter son solo, particulièrement important dans cette chanson. Leur set n’est pas inoubliable mais j’ai malgré tout vraiment aimé voir ce titre sur scène, qu’on peut retrouver sur l’indispensable compilation «  Creation Soup » , rassemblant la majorité des meilleur groupes d’« indie pop » des années 1980.

On trépigne en attendant Go Sailor, un des rares groupes de “twee” que j’apprécie vraiment. Le trio commence sur les chapeaux de roue et envoie une cascade de tubes imparables exécutés avec la facilité et la conviction des premiers jours. Ils n’ont absolument rien perdu de leur superbe. Rose Melberg (la guitariste-chanteuse) chante divinement et avec un plaisir communicatif. Et le basse-batterie reste exceptionnel. Je n’arrive pas à croire que je suis en train de voir la magnifique Amy Linton (Henry’s Dress, The Aislers Set) faire de la batterie avec son style inimitable, son jeu tendu au possible et ses breaks toujours bien sentis. C’ est la classe totale ! Le set commence, si je ne m’abuse, avec “I’m still crying”, et ne contient que des tubes imparables de 2 minutes 30. À pleurer…de joie! On a droit à tous leurs hits: “I Just Do”, “Bigger Than An Ocean”, “Together Forever in Love”, “Don’t Go”…et se termine par l’hymne “The Boy Who Sailed Around the World” chanté par le bassiste. Le public reprend en choeur les “go sailor! go sailor!” de la chanson. On peut dire que les Américains ont vraiment été à la hauteur et ont atteint un des sommets du festival. Jamais je n’aurais cru un jour possible de voir ce groupe sur scène. J’ai même eu l’immense plaisir d’échanger quelques mots avec la fort sympathique Rose Melberg et de féliciter la non moins sympathique Amy Linton avec l’air con du fan transi…

 

Encore grisés par le set de Go Sailor, nous tentons de voir la fin du concert de Summer Camp qui ont déjà commencé à jouer dans l‘“Indoor stage”. Les rythmiques dansantes rappellent les groupes de disco-pop parisienne, ce qui a pour effet de nous rebuter. Beurk ! D’ailleurs, nombreux sont les festivaliers ayant remarqué que ce groupe était assez hors-sujet dans ce festival qui fuit comme la peste ce genre de groupes. On tourne les talons et passe à autre chose, frustrés de ne pas pouvoir entrer dans l’église, pleine à craquer, oùjoue Gordon McIntyre des magnifiques Écossais de Ballboy.

 

La soirée se termine en beauté avec Veronica Falls. Le quatuor signé chez Slumberland exécute un set racé, aux accents marychainiens et C86 (en plus noir). Nous avons le droit à l’excellente reprise de Rocky Ericson “Starry eyes”, à leur hit “Beachy Head” et à quelques nouveaux titres très bons, montrant que le groupe a de l’avenir. Malgré l’évidence des influences, on n’est pas pour autant dans le mimétisme. Le groupe a su se forger une personnalité, surtout grâce à la chanteuse-guitariste Roxanne Clifford, assurément charismatique et douée d’une voix singulière. Les mauvaises langues les trouveront un peu froids et sérieux mais, après tout, l’essentiel c’est la musique. Une bien belle façon de terminer la deuxième soirée du festival avant d’aller danser au son d’un excellent mix de soul old-school (Motown etc.) et de girls groups sixties proposé par Great Big Kiss


Le dernier jour du festival, la concentration de très bons groupes est telle qu’elle a de quoi donner le vertige. Par le nombre et la qualité de tant d’excellentes prestations, qu’il s’agisse de celles des « têtes d’affiches » ou des nouvelles recrues, Indietracks se termine en beauté.

Nous avons commencé la journée de dimanche par le concert parfaitement réussi de nos amis limougeauds Doggy, magnifique recrue du label français Anorak City. Fanou, bassiste du groupe (lorsqu’il ne conduit pas son projet Skittle Alley) n’a pu être présent et a dû être remplacé. Malgré cette regrettable absence et dans ces conditions difficiles, le groupe assure une mémorable performance. L’église se prête particulièrement bien à leur musique et, dès les premiers accords, on est emporté par leurs chansons qui synthétise le meilleur de la tradition indie pop. Le trio mené par Guillaume Bassard et soutenu à la batterie par Stéphane Balanche enchaîne leurs popsongs aux mélodies imparables avec aisance et conviction. Il faut imaginer un mariage des plus réussi entre les Field Mice et Etienne Daho avec des textes à la Superflu ou Diabologum, la touche d’humour pince-sans-rire en plus. Nous devons malheureusement quitter la salle à la moitié du set pour rejoindre la scène extérieure ou vont se produire 14 Iced Bears , un de mes groupes préférés, que je désespérais de voir un jour sur scène et que j’attendais avec une impatience fébrile.

  


 J’avoue que j’étais aussi curieux qu’inquiet de voir ce groupe revenir sur scène suite à une reformation. Allaient-ils massacrer leurs chansons ? Serait-ce pathétique ? N’allait-on pas assister à un fiasco en direct ?

Pourtant, à peine sortis de l’église, nous entendons les fabuleux premiers accords de “Unhappy Days” joués avec un son aussi excellent que sur l’album ! C’est en courant que j’arrive aux premières loges (à quelques mètres de Mike, le patron du label héroïque Slumberland Records) alors que la basse et la batterie viennent de rejoindre la guitare, et ce avec un son que je n’aurais même pas imaginé en rêve. Contrairement à ce que je craignais, le groupe joue vraiment bien, avec la conviction et l’entrain des premiers jours. Le jeu n’est pas relâché et ralenti comme c’est le cas lorsque les musiciens ont vieilli et perdu tout fougue ou qu’ils prennent un malin plaisir à saloper leurs propres chansons, comme c’est le cas d’un Lou Reed par exemple. Au contraire, leur musique conserve toute sa fraîcheur originelle, la guitare est acérée, la basse a du corps et le chant de Robert Sekula n’a pas pris la moindre ride. Je suis tout simplement ébahi par leur performance. Sekula, arborant un t-sirt de 13th Floor Elevators, semble visiblement heureux de jouer et fait remarquer au public que les 14 Iced Bears n’avaient encore jamais donné de concert en extérieur dans un festival, ce qui paraît assez incroyable. Ils envoient la très psychédélique “Hold On” et poursuivent avec le tube “Come Get Me”. Viennent ensuite une interprétation magique de “Sure To See”, à coller la chair de poule, puis “Surfacer” et la magnifique “Hay Fever”, interprétée avec une justesse exceptionnelle et un chant céleste, maîtrisé avec un incroyable brio. Vraiment renversant. Ils continuent avec l’excellente “Cut”, “Dust” et leur fabuleuse “Balloon Song”, pour finir sur “World”. Autant dire que pour moi, leur concert est un sommet, une réussite en tous points, un des moments de musique les plus inoubliables de ma vie. Et pour couronner le tout, j’ai eu l’immense bonheur d’aller féliciter en personne le groupe et de parler un peu avec eux. Ps : je vous recommande très fortement le disque « In the beginning », sorti chez Slumberland Records qui reprend pas mal de chanson de leurs mirifiques Peel Sessions.

 

Encore sur notre nuage, nous nous ruons dans le hangar pour écouter les Velodrome 2000, groupe pop-punk anglais déjanté, récemment reformé. Le groupe se compose d’une chanteuse et d’une batteuse qui exhibent sans complexes leurs bourrelets mis en avant par leurs mini-shorts, et s’accompagne d’une guitariste ainsi que de Tony et Mark, respectivement bassiste et guitariste-chanteur des Parallelograms. Ce dernier porte une jupe et une perruque blonde et s’adresse au public en prenant l’accent américain. Nous arrivons à la moitié du set de ces hurluberlus qui jouent à 100 à l’heure et sautent en tous sens. Mark pousse des hurlements dignes de Black Francis des Pixies et le tout prend la forme d’une punkerie jubilatoire. Le public et le groupe semblent tout aussi avinés et ravis de se défouler. Devant leur performance athlétique, je me demande comment on peut donner autant de sa personne passé 35 ans. Personnellement, je n’aurais pas tenu 10 minutes à ce rythme effréné ! On ressort de là, ravis d’avoir pris notre dose de rock and roll.

 

Immédiatement après leur concert, nous accourons vers la grande scène extérieure, où commence le set des Sea Lions, jeunes Californiens ayant signé chez Slumberland Records. Leur musique est la synthèse de tout ce que j’aime en matière de pop. On pense à Beat Happening en plus jangly, à des Beach Boys timides, aux Marine Girls qui auraient eu davantage de moyens et des accents surf. Le son général et la voix me rappellent aussi ce groupe que j’adore, The Williams. Les influences sont identifiables mais il y a avant tout de très bonnes chansons, bien ouvragées, un son stylé et une exécution maîtrisée. Côté spectacle, on est dans le shoegazing le plus total. Les californiens regardent leurs pompes et enchaînent leurs chansons : un anti-spectacle, qui refuse de jouer le jeu du show à l’américaine. De la musique avant toute chose !

 

On continue en beauté sur la scène extérieure avec l’Écossais Stevie Jackson, le guitariste de Belle and Sebastian, celui qui chantait la superbe « Seymour Stein». Il pleut à verses et les parapluies sont sortis, mais le groupe nous transmet sa bonne humeur. Avec un line-up dépouillé (caisse claire, guitare acoustique et basse), ils parviennent à attirer la sympathie et à ravir l’assemblée avec des titres aux accents buddy hollyesques et dylaniens. Personnellement, j’ai trouvé leur concert bien mieux en live que sur disque car l’option minimaliste a donné un charme lo-fi à leur musique, un peu dans l’esprit de Jonathan Richamn. Et puis des chansons comme « Try Me » et « Dead Man’s Fall » sont vraiment chouettes. Réjouissant de voir ça.

 

Comme nous voulions voir les September Girls, nous avons dû abandonner Stevie Jackson en cours de route. En voyant les quatre demoiselles s’installer dans l’église, nous craignons le pire. Elles sont archi-lookées à la Dum Dum Girls, sexy, maquillées…cette panoplie a de quoi éveiller le scepticisme. Pourtant, dès la première chanson, les Irlandaises envoient de super popsongs immédiatement accrocheuses, dans un style proche de l’univers de Black Tambourine ou des Primitives. Il faut imaginer une version fuzzy de The Pipettes, en mieux. Elles ont du son, des mélodies, de belles harmonies dans l’esprit des girls bands des sixties, et leur batteuse est vraiment très douée. Le set est maîtrisé de bout en bout. Ce groupe aura été une des bonnes surprises de ce festival. On se souviendra aussi de leur excellente reprise de la parfaite « Clapping Song » de Shirley Ellis, cerise sur le gâteau.

En attendant de voir les June Brides sur la grande scène, nous nous rendons dans le hangar pour assister au set des Américains d’ « Orca Team ». Ce trio joue une musique étrange mais intéressante. Il propose un mélange de rockab’ aux accents fifties et de pop aérienne qui peut faire penser à des musiques de films à la Tarantino, parfois à Chain and the Gang. Ils prennent visiblement beaucoup de plaisir à jouer et le public apprécie. On peut pourtant penser qu’en dépit de cette atmosphère et de cet univers singulier, ils manquent de chansons vraiment « catchy » que l’on retiendra à long terme, même si ce groupe mérite l’attention.

 

Avec The June Brides, The Monochrome Set et les Vaselines, le festival se termine en véritable feu d’artifice.

J’attendais avec impatience les Junes Brides, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont été plus qu’à la hauteur de leur légende. Leur son de guitare est aussi âpre et tranchant que sur leurs disques et ils jouent avec cette tension qui fait tout le charme de leur pop jouée sur le fil du rasoir. Phil Wilson, visiblement très à l’aise, va et vient sur la scène. Sa voix n’a rien perdu. La trompette et le violon ont toujours ce côté Pogues qui les distingue des autres groupes du genre. On aura même droit à l’hymne « Sick Tired and Drunk », entonné par le violoniste. L’énergie est indiscutablement là, et le plaisir que le groupe prend à jouer franchement communicatif. Leur show est d’une fraîcheur étonnante. Et quelles chansons ! On aura le bonheur d’entendre des titres aussi brillants qu’« Every Conversation », « In The Rain », « No Place Called Home », «Sunday to Saturday » interprétées avec intensité et conviction. Un grand moment.

 

Nous rejoignons le hangar où The Monochrome Set se prépare à jouer. On a du mal à croire qu’un groupe aussi mythique, pour les amateurs de post-punk et de pop, soit sous nos yeux. Le charismatique Bid ne semble ne pas avoir subi l’épreuve du temps. Lester Square, le guitariste lead, arbore de superbes bacchantes à la Billy Childish. Le line-up comprend aussi une violoniste, un bassiste et un batteur curieusement coiffé d’un chapeau ottoman rouge. La voix grave de Bid est parfaite et le groupe semble aussi neuf qu’il y a 30 ans. De nombreux titres sont étranges et assez difficiles d’accès pour des oreilles non averties, mais on a bien ici affaire à un groupe de haute volée. Les grands moments du concert seront surtout une interprétation magistrale d’« Alphaville » à coller la chair de poule, et l’exécution vraiment exceptionnelle de « He’s Frank » en fin de set, avec un final surpuissant ! La quintessence du post-punk quoi ! On est contraints de quitter le hangar avant la fin du concert mais on a une bonne excuse : celui des Vaselines vient tout juste de commencer…

 

Nous accourons vers  les premiers rangs de scène extérieure alors que les Écossais ont déjà envoyé « Oliver Twisted » et « Monsterpussy » ! Le son est fabuleux ! Je ne m’attendais pas à une telle maîtrise et une pareille énergie. Je suis également surpris de constater qu’Eugene Kelly est bien meilleur guitariste que je l’imaginais, et tout aussi étonné d’entendre la malicieuse Frances McKee faire des blagues grivoises à déconseiller aux oreilles chastes. Par ailleurs, le groupe pouvait difficilement mieux fonctionner. Et pour cause, France McKee et Eugene Kelly ont su s’entourer de pointures : Stevie Jackson et Bob Kildea, tous deux respectivement guitariste et bassiste de Belle and Sebastian, rien que ça ! On se réjouit aussi de la présence du batteur, toujours juste, au jeu tendu comme une corde d’arbalète. Ils joueront rien de moins que dix-neuf titres, dont « The Day I Was a Horse » , « Molly’s Lips » (une de leurs trois chansons reprises autrefois par Nirvana) ainsi que « Jesus Don’t Want Me For a Sunbeam », « Son of a Gun », le très punk « Dum Dum » ou encore le tube « Dying For It ». Pour avoir vu Eugene Kelly en solo il y a quelques années en première partie des Lemonheads exécuter timidement ses chansons, le contraste est considérable. Il y a l’énergie, l’âpreté, la tension, la conviction ; le chant de Frances Mckee et Eugene Kelly est impeccable. L’interprétation de la chanson « No Hope » sera particulièrement émouvante. Un concert d’anthologie.

 

Le festival se termine dans le hangar, sur un mix indie pop, ce qui, une fois n’est pas coutume, permet de danser sur de la bonne musique. Nous rentrons un peu tristes à l’idée que cette édition d’Indietracks est déjà terminée, mais espérant la prochaine avec ferveur…

http://www.youtube.com/watch?v=P4S0jpGZTBg&feature=player_embedded


Voilà ce qui arrive quand on fait de la bonne musique devant un parterre de blaireaux.


Ce groupe psychédélique est absolument fabuleux. On croirait une synthèse entre Syd Barrett et les Byrds. Et sur la video, on voit aussi France Gall et Serge Gainsbourg. Parfait!


THE SPACE PADLOCKS


THE SPACE PADLOCKS

 

Non, Toulouse n’est pas qu’un havre pour misérables groupes de ska festif, de pseudo-reggae, ou de chanson française engagée à la mord-moi le nœud. La ville rose compte même plusieurs formations pop des plus racées qui méritent vraiment des louanges. Les Space Padlocks sont de ceux-là. Pour tout dire, je les écoute de manière compulsive depuis plusieurs semaines et je ne saurais trop recommander à tout le monde de se précipiter sur leurs divers EP. De source sûre, je peux vous annoncer que le premier EP vinyle des Space Padlocks devrait sortir fin mar/ début avril sur Close Up Records (http://www.closeupprod.fr/indexFRA.php), un petit label parisien.

Il y a quelques années, j’avais eu le bonheur de découvrir les excellents Existentialists, groupe d’indie pop pyschédélique à l’esprit mod, très influencé (entre autres) par les Television Personalities, Syd Barrett et les Beatles. Je m’étais alors empressé des les interviewer dans Suckmypop version fanzine et depuis, j’ai même eu la chance de partager deux fois l’affiche avec eux, à Clermont-Ferrand ainsi qu’au Cri de la Mouette ( Toulouse) avec mon groupe ( The Wendy Darlings). Et c’est justement lors de ce (très bon concert) toulousain que j’ai également appris l’existence des Space Padlocks, dont le leader, Thibault est aussi guitariste des Existentialists. D’ailleurs Jimmy, le leader des Existentialists officie aussi comme bassiste au sein des Space Padlocks ! Vous suivez toujours?

Pour je ne sais quelle raison, je n’avais pas encore pris le temps d’écouter les Space Padlocks, jusqu’à ce que jedécouvre tous les titres publiés sur leur Bandcamp (http://thespacepadlocks.bandcamp.com/track/automatic-waterloo). Mais c’est surtout avec leur magnifique chanson de Noël « Sea of snow » (http://merrychristmasfromtoulousecity.bandcamp.com/track/sea-of-snow) et en visionnant la (parfaite) vidéo de leur incroyable tube « A question of degree » que j’ai compris qu’on avait affaire à un groupe des plus classes, tel qu’on en découvre trop rarement dans l’hexagone.

Je crois qu’il y a dans la musique des Space Padlocks une synthèse de tous les courants musicaux que je préfère. Comme ils le décrivent eux-mêmes avec humour sur leur page facebook (http://www.facebook.com/profile.php?id=665636685&ref=tn_tnmn#!/pages/The-Space-Padlocks/146835188668528) « les Space Padlocks doivent autant aux artisans pop 60’s psychédéliques préfigurant punk, post-punk et shoegazing, qu’aux artisans shoegazeurs, post-punk et punk qui sont réminiscents des 60’s pop et psychédéliques ! ». Il faut imaginer un alliage entre les Jesus and Mary Chain période Pyscho Candy, les Kinks primitifs, tout ceci  avec les accents  très « surf » des Shadows ou rockabilly des Cramps. On pense aussi aux productions de Billy Childish, aux Swell Maps et ou encore à Sic Alps, mais certains titres plus lents semblent aussi bien habités par l’esprit d’Ennio Morricone. Car non content d’envoyer quelques bombes punk-rockabilly, les Space Padlocks savent aussi pondre des ballades psychédéliques façon Syd Barrett très réussies ( cf . « Tonite » ou la chanson de Noël précitée), ce qui ajoute encore au mérite de ce groupe. Personnellement je vous conseille d’écouter aussi leur unique chanson en français (« Pas d’au revoir ») micro-tube d’un charme désuet, qui ravira les fans des yé-yés à la française.

La production est quant à elle lo-fi dans le meilleur sens du terme, c’est à dire brute et garage mais sans être non plus cheap, les guitares sont âpres et tranchantes, combinant la plupart du temps reverb et fuzz, et le chant sait passer des aigus aux graves avec une aisance désinvolte qui ajoute encore du cachet à l’ensemble. Vous avez donc toutes les raisons d’acquérir leurs disques au plus vite.

Vraiment ils sont très bons et une de mes priorités en 2012 sera de les voir sur scène envoyer les tubes!


THE CIGARETTES: groupe punk/mod anglais des années 1970


HOTPANTS ROMANCE!


HOTPANTS ROMANCE!

Enfin des filles!

Ceux qui ont eu l’occasion de lire le seul et unique numéro de feu Suckmypop version fanzine ne découvriront rien de nouveau dans ce qui va suivre puisque qu’il s’agit d’une republication de l’interview des fabuleuses Hotpants Romance qui m’avaient fait l’honneur de répondre à quelques questions. A l époque, les trois mancuniennes avaient seulement sorti leur (indispensable) premier album « It’s a heatwave » (2008), mais depuis, elles ont récidivé avec le non moins excellent « The International hotpants romance »(2010). Leurs paroles sont toujours aussi drôles et saugrenues et leurs tubes de poche ont de quoi ramener à la vie les plus dépressifs d’entre nous. Je vous recommande notamment l’écoute de « OCD », « Emails » et « The Internet » qui sont les meilleures chansons de cet album (http://www.myspace.com/hotpantsromance).

Depuis l’interview qui va suivre, une des HPR a fait un bébé mais elles sont déjà de retour sur scène! J’espère vraiment que 2012 sera l’occasion d’une nouvelle sortie.

Les fans des Shaggs, des Raincoats, et du mouvement Riot grrrrrls vont jubiler en découvrant les Hotpants Romance. Nos trois demoiselles de Manchester sont en effet adeptes d’un amateurisme musical parfaitement assumé, au service d’une sorte de pop à l’état brut, délicieusement basique mais toujours « catchy as fuck ». Une production lo-fi, des riffs propices à la pratique du headbanging et des polyphonies pop hurlées à tue-tête les font sonner comme un girlsband des années 1960 qui marcherait sur des charbons ardents. Le genre de trucs qu’on peut voir 35 fois en concert sans jamais se lasser ! Ajoutons que les irrésistibles Linda, Lowry et Kate, ont choisi leur nom en référence aux mini-shorts ultrasexy qu’elles portent en concert ( « hotpants » en anglais).


Voici donc leur réponses aux question de SMP :

1/ Salut les filles! Pouvez-vous nous donner les raisons qui vous ont poussées à former HPR?

 Laura: c’était un accident heureux.

Lowri: personne d’autre n’aurait voulu être dans un groupe avec moi et il y avait trop de groupes chiants autour de nous.

Kate: parce que, parce que, pourquoi??? J’en sais rien! J’adore ces minettes! 

2/ Comment décririez-vous votre musique? 

Kate – de la putain d’balle!

3/ C’est plutôt cool d’ être un groupe à Manchester? Quelles sont les formations locales que vous nous recommandez?

 Lowri: c’est un boulot cool à faire à Manchester. Un jour, on m’a même hélé dans un Sainsbury’s ( grand magasin anglais) ce qui n’est pas rien!

Kate: Je recommanderais Warm Widow, je crois que c’est pour moi le meilleur groupe de tous les temps! Et aussi Breaking Colts.

Lowri: Your Orange Coat.

Kate: Circus Scribble

Laura: Elvis is Disguise est une valeur sûre pour passer des super soirées ( disponible pour les mariages, anniversaires, barmitzvah etc elvisindisguise@yahoo.co.uk )

4/ Quels sont votre meilleur et votre pire souvenir de concert avec les HPR? 

Kate: On a joué dans un festival à Athens en Georgie (USA) qui était sponsorisé par Sparks ( l’energy drink alcoolisé, pas le groupe) et on a eu de la bonne marchandise de leur part…et aussi une langue orange…

Laura: ??????

Lowri: Un t-shirt chez Pierre mais ça compte pas vraiment car c’était pas un concert. 

5/ Quelles ont vos occupations quand vous n’êtes pas en train en train de punker en minishorts sexy?

Lowri: c’est un boulot à plein temps tu sais.

Laura: ????

Lowri: championne du monde d’escalade.

6/ Avez-vous déjà fait des concerts en dehors du Royaume-Uni et si non, ou aimeriez-vous jouer?  

Laura: oui! Nous avons joué à Berlin et aux USA.

Lowri: Je voudrais jouer en Jordanie pouvoir render visite à ma copine Kat.

Laura: J’aimerais pouvoir jouer à Huddersfield mais on n’a pas le droit.

Loweri: vraiment partout ou il ya du soleil.

Kate: A Primavera si jamais les promoteurs lisent ça!

Laura: oui ce serait l’idéal!

Lowri: en fait partout loin de Dudley.

7/ Si vous pouviez faire une tournée mondiale avec un groupe, lequel choisiriez-vous?
 

Kate: The Jesus Lizard mais je ne suis pas sure qu’on survivrait à ça ou Cars Can Be Blue parceque je suis complétement amoureux d’eux.

Lowri: The Breeders ou The Barberries.

Laura: The Ronettes ou le tourbus de la Motown!

8/ Quel est votre meilleur souvenir musical ( concert que vous avez vu, chanson que vous avez entendue…)?

Lowri: être virée de la chorale de l’école et de voir ces gamins reprendre nos chansons en choeur à Valdosta et être au premier rang pour Patti Smith.

Laura: quand on était assises dans la voiture à Salford Quays en train d’essayer de faire marcher l’autoradio! Tout d’un coup, Heatwave de Martha and the Vandellas a surgi des enceintes! Et on a toutes commencé à chanter!

Kate: En voyant Patti Smith en Espagne j’ai pleuré, elle étati tellement incroyable. Voir Shellac sur les épaules d’un glaswegien rencontré par hasard à la plage, et écouter “Roadrunner” dans le camion pendant notre tournée américaine.

Laura: dancer et chanter des chansons des Beach Boys dans le camion pendant notre tournée américaine!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Lowri: Je me souvient aussi qu’on avait écouté “Born to be wild”: c’était la perfection!!!!!!!!!!!!!!

Kate: ????????

Lowri: sur l’autoroute, c’était incroyable! 

9/ Quels groupes écoutiez quand vous aviez 16/17 ans? ( trichez pas les filles, soyez honnêtes!;)  

Laura - Kenickie, Hefner (c’était une veritable obsession)) et principalement les Ramones Et de la country.

Kate – Les Pixies et les disques d’Eutyhmics de ma maman.

Lowri - Madonna et L7

10/ Quelle musique écoutez-vous en ce moment?

 Kate: Les derniers disques que j’ai acheté sont un disque de surf instrumental et Sic Alps and Mark Kozolek.

Lowri: Madanno and L7

Laura: Le DVD de Loretta Lynn, Nancy Sinatra et un coffret de Rock and roll fifties.

11/ C’est la fin de l’interview. Quel est votre message envoyé au monde?

 
Lowri: rien de particulier à dire

Kate: “less chords more scream”

Laura: ne te fait pas de bile car chaque petite chose finira par s’arranger.


Un lien vers leur blog: http://hotpantsromance.blogspot.com/


AMIDA: INDIE POP en provenance de MANCHESTER!